03 juin 2025
Le projet ProtectEU, présenté par la Commission européenne en avril 2025, vise à renforcer la sécurité numérique dans un contexte de tensions géopolitiques. Toutefois, derrière cet objectif affiché, il cache une volonté claire : introduire des dispositifs permettant d’accéder aux communications chiffrées. Concrètement, cela passerait par l’installation d’outils d’analyse côté client, c’est-à-dire un scan automatique des messages directement sur l’appareil de l’utilisateur, avant même leur chiffrement.
Cette technologie représente un vrai danger pour la cybersécurité. Elle créerait une porte dérobée généralisée, affaiblissant l’ensemble du système de chiffrement de bout en bout. Les messages seraient analysés localement, ce qui introduit de nombreuses vulnérabilités techniques exploitables par des cybercriminels. Plus de 80 organisations, dont Mozilla, Signal, ProtonMail et plusieurs experts en sécurité comme Bruce Schneier, se sont opposées publiquement à cette mesure à travers une lettre ouverte.
Sur le plan juridique, le projet va à l’encontre des récentes décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a rappelé que le chiffrement est essentiel pour garantir la vie privée. De plus, l’expérience britannique montre que même avec de gros investissements, aucune solution technique stable et sécurisée n’a pu être développée pour scanner les messages chiffrés sans compromettre la sécurité des utilisateurs.
À l’inverse, les États-Unis, par le biais de la CISA (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency), encouragent activement l’utilisation du chiffrement de bout en bout pour renforcer la protection face aux cyberattaques. Ce contraste souligne une incohérence inquiétante dans les choix stratégiques de l’Union européenne.
En résumé, l’introduction d’outils physiques ou logiciels permettant de surveiller les messages avant leur chiffrement représente une menace majeure. Plutôt que de renforcer la cybersécurité, cette approche affaiblit la protection des données, met en péril la vie privée des citoyens et ouvre la voie à des dérives autoritaires.
